«J’étais un étranger,et vous m’avez accueilli » (Mt 25,35)

Les capucins et l’urgence migrants et réfugiés

 

Les guerres et la pauvreté extrême poussent d’immenses foules à quitter leurs pays pour aller chercher ailleurs la sécurité et une vie digne. Depuis quelque temps, nous sommes spectateurs d’une urgence comme on n’en voyait plus en Europe depuis la dernière guerre mondiale.

Nous sommes tous directement interpelés, c’est pour cela que nous avons estimé qu’il est nécessaire, voire urgent, d’en parler entre nous au cours de cette assemblée USG. Il s’agit d’échanger les expériences faites et de voir comment nous pouvons apprendre les uns des autres et éventuellement soutenir des projets communs.

Il est évident que nous sommes en présence d’un phénomène qui nous dépasse largement tous et qui interpelle les responsables des nations européennes aux plus hauts niveaux. L’opinion publique se mobilise, certains sont en faveur, d’autres contre. Les partis politiques d’inspiration xénophobe essaient de tirer profit de ces circonstances. On ferme les frontières, on dresse des murs infranchissables, on repousse les gens. Pensez à Idomeni! D’énormes sommes d’argent ont été déboursées pour empêcher à ceux qui cherchent la sécurité en Europe d’atteindre leur but.

Ce phénomène, qui se produit depuis des mois ou des années, a pris des dimensions qui nous dépassent, en augmentant de manière exponentielle. Nous nous sentons pratiquement impuissants. Et pourtant, tout cela nous interpelle et nous sommes appelés à y faire face. Nous avons du mal à comprendre pourquoi des drames qui ont lieu dans des pays lointains comme l’Afghanistan, ou l’Iraq ou la Syrie, se répercutent de façon si imposante sur nous. On peut dire la même chose pour ceux qui viennent du Continent africain. Il ne s’agit plus de l’Albanie, du Kosovo ou en tous cas des Balkans qui sont relativement proches, mais de personnes qui viennent d’autres continents, qui parcourent des milliers de kilomètres pour arriver jusque chez nous. La mondialisation, qui a comporté entre autres ce revers inattendu, vient secouer nos certitudes et notre bien-être.

Je vais essayer de vous décrire et partager avec vous ce que j’ai mis en œuvre dans ce domaine, ces derniers mois, au sein de mon Ordre. Vous comprendrez bien qu’il s’agit de peu de chose face à l’énormité du phénomène, mais je crois qu’il est urgent de partager même ce peu afin de susciter le dialogue et les échanges sur ce sujet. Connaître ce que font les uns et les autres peut tout d’abord provoquer le désir d’imiter et de redoubler d’efforts. Je souhaite avant tout que naissent des synergies, des concertations efficaces et des initiatives communes.

La première chose que j’ai faite au mois de septembre dernier a été d’envoyer une lettre à tous les Ministres provinciaux et Custodes européens en les invitants à intervenir à une conférence spécialement organisée, pour la mi-octobre de la même année, auprès de notre couvent de Frascati. Le but était de tenter de donner, dans la mesure du possible, une réponse adéquate et coordonnée à une urgence qui augmentait jour après jour. J’ai confié l’organisation de la rencontre et sa poursuite au Secrétariat de Justice Paix et Intégrité de la Création. Dans la lettre aux confrères, je me suis exprimé en ces termes:

Depuis quelques mois, nos yeux voient pratiquement tous les jours des images de désespoir et de mort et nous entendons aux actualités les histoires d’hommes, de femmes et d’enfants qui fuient leur pays d’origine, poussés par les guerres et la pauvreté, portant dans le cœur l’espoir d’un avenir meilleur. Ces frères et sœurs s’aventurent dans des voyages longs et périlleux, se dirigeant principalement vers les pays de l’Europe; ils rencontrent les dangers, le rejet, les violences et la mort. Nous n’arrivons plus à compter le nombre de vies que la mer Méditerranée a englouties lors des traversées de ces personnes qui quittent l’Afrique du Nord ou la Turquie. Organisés par des gens sans scrupules qui demandent d’importantes sommes d’argent, ces voyages se font à bord de vieilles embarcations, de canots pneumatiques bondés au-delà de toute limite de sécurité raisonnable. Nous avons vu des corps d’adultes et d’enfants flottant sur l’eau, sans vie, des hommes et des femmes se blessant pour franchir les barrières de barbelés,  de longues files d’êtres humains marchant sur les routes européennes en quête d’un travail, de stabilité et de paix. Au milieu de cet exode dramatique, nombreux sont ceux qui gardent une flamme allumée : celle de l’espoir de la solidarité. Les gouvernants de plusieurs pays organisent des projets visant à assurer un accueil digne.

Depuis, les revers de ces évènements posent de graves problèmes, comme l’accord conclu avec la Turquie afin que les réfugiés n’aient plus à importuner les pays européens. Dans ma lettre, je continuais en faisant appel au sentiment de responsabilité et de compassion qui devrait habiter chacun d’entre nous  et se traduire dans des gestes concrets de solidarité. Pour ce faire, j’ai même cité les paroles prononcées par le pape François au rendez-vous de l’Angélus, le dimanche 6 septembre 2015:

Face à la tragédie de dizaines de milliers de réfugiés fuyant la mort, à cause de la guerre et de la faim, et en marche vers une espérance de vie, l’Évangile nous appelle, nous demande d’être « proches » des plus petits et des laissés-pour-compte. De leur donner une espérance concrète. Leur dire « courage, patience !… » ne suffit pas. L’espérance chrétienne est combattive, avec la ténacité de celui qui avance vers une destination sûre. Que chaque paroisse, chaque communauté religieuse, chaque monastère, chaque sanctuaire d’Europe héberge une famille, à commencer par mon diocèse de Rome.

Notre rencontre a eu lieu du 17 au 19 octobre 2015 et sont intervenus au total 35 frères venant de 17 pays: Malte, Italie, Autriche, Bulgarie, Espagne, Slovaquie, Pologne, Grande Bretagne, Irlande, Grèce, Portugal, États-Unis d’Amérique, Liban, Soudan et Érythrée. Outre les interventions de quelques experts en la matière, j’ai été très impressionné par les comptes rendus de certains confrères qui depuis un certain temps œuvrent pour soulager au moins en partie cette grande vague de souffrance et ce, dans des pays qui sont parmi les plus touchés par le phénomène, comme le Liban, Malte, la Grèce et l’Italie.

Frère Abdallah a signalé que le Liban accueille 1,2 millions de réfugiés syriens, ce qui représente 25% de la population du pays. Tout cela a eu des effets importants sur le pays: problèmes économiques, pénurie de nourriture, compétition pour accaparer un emploi, violences. Avec l’aide de la Curie générale, les frères ont lancé un projet visant à donner un logement à un certain nombre de familles, à scolariser des enfants et à assurer l’assistance sanitaire demandée.

Avec une population de 450 000 habitants, Malte accueille 20 000 réfugiés et migrants, représentant ainsi le pays qui a le pourcentage le plus élevé de réfugiés dans toute l’Union européenne. Frère Philip nous a parlé du projet visant à offrir l’aide surtout aux réfugiés érythréens, sous forme d’assistance spirituelle, d’aide matérielle et sociale, de prévention contre l’alcoolisme et la consommation de drogues, d’insertion dans une nouvelle culture. Ce frère nous faisait remarquer aussi que la crise des réfugiés a représenté pour les capucins maltais une occasion de vivre comme des pauvres parmi les pauvres.

Frère Gabriele, qui vit depuis des années en Grèce, nous a informés que chaque jour 4 000 réfugiés traversent le pays: ils arrivent la nuit, dans le port près de notre couvent, ensuite on les fait monter sur des cars pour les emmener ailleurs pendant la journée. Les frères ont créé un fonds d’urgence pour offrir à ces personnes des vivres et des soins immédiats. Suite aux accords pris avec la Turquie, cette situation changera à nouveau.

Un frère venant d’Érythrée, qui réside à Milan, nous a parlé de l’Opera San Francesco, une œuvre  gérée par des capucins, qui distribue actuellement près de 3 000 repas par jour aux personnes en difficulté, qui sont en grande partie des migrants de passage allant vers le nord de l’Europe. Cette même œuvre assure aussi des services gratuits de douches, distribution de vêtements et surtout consultations médicales.

Frère Gianfranco, le Ministre provincial de Rome, nous a informés qu’il a mis à disposition deux couvents et qu’il a agi toujours de commun accord avec les autorités civiles préposées à ce type de services. Par la suite, les autorités ont renoncé à utiliser un de nos couvents pour éviter une trop grande concentration de migrants dans une zone déterminée, après les attentats du 13 novembre dernier à Paris. Dans d’autres cas, les structures n’ont pas été prises en considération parce que les prises électriques étaient près du sol et auraient pu représenter un danger pour les enfants.

Quoi qu’il en soit, c’était très intéressant d’avoir ces échanges et de s’entraider dans le cadre de cette initiative humanitaire. Ce qui a été surtout souligné au cours de cette rencontre, c’est l’exigence d’offrir l’aide dans le plus grand respect de la dignité humaine de chaque migrant ou réfugié. Nous avons dit qu’il faut démystifier cette idée selon laquelle tout ce grand flux migratoire correspondrait à une invasion musulmane. Parallèlement à l’aide immédiate, nous devrions promouvoir des parcours et des occasions de rencontre entre les gens du lieu et les immigrés, ainsi que le bon voisinage et la paix. Tout le monde a cru nécessaire collaborer avec les organismes publics chargés de l’installation logistique de ces personnes en quête de sécurité.

Sur le plan concret, nous avons aussi insisté sur le fait qu’il faut identifier les couvents qui sont vides et sous-occupés pour les mettre à disposition. Une autre proposition invite à accueillir les réfugiés dans nos fraternités et dans nos maisons, en faisant remarquer qu’il y a différentes façons d’accueillir:

  • Un ou plusieurs individus qui vivent avec les frères: c’est là une solution qui demande beaucoup d’efforts ; la fraternité devra réserver des espaces et des temps pour elle-même. Les frères doivent d’abord s’engager et se préparer afin de pouvoir accueillir des personnes profondément traumatisées.
  • On peut mettre à disposition une aile ou une partie de la maison, de façon à préserver les espaces de la fraternité comme de la famille de réfugiés que l’on veut accueillir.
  • On pourrait rendre habitable ou louer une maison pour la mettre à la disposition des réfugiés. Tout cela doit être fait en accord avec des organismes experts en la matière.

Quelques semaines après notre rencontre, j’ai senti que je devais écrire une autre lettre à l’Ordre pour expliquer à mes frères comment nous pouvons continuer à nous engager face à une urgence qui ne semble pas vouloir cesser. En m’inspirant de la question que Jésus adresse aux disciples quand ils lui font remarquer qu’il y a une grande foule à nourrir, je l’ai intitulée :“Combien de pains avez-vous?”. Je voulais couper l’herbe sous les pieds de ceux qui allaient argumenter que nous ne sommes pas prêts et surtout peu équipés pour ce genre d’intervention. Je crois, au contraire, qu’il existe de nombreuses façons de répondre face à une urgence, et c’est pourquoi, en actualisant la question de Jésus, j’ai écrit: Combien de lieux ou d’espaces inutilisés avez-vous? Combien de moyens et d’argent pouvez-vous mettre à disposition? Et je poursuivais en ces termes: Notre réponse ne sera pas très différente de celle des disciples: ’Nous avons un couvent vide et des espaces inutilisés dans les maisons où nous habitons actuellement, mais d’où aurions-nous assez pour faire face à une telle urgence? Nous nous sommes déjà investis dans de nombreuses activités et voilà que cette nouvelle urgence se présente.’ Jésus aurait répondu: ‘Faites-les s’asseoir! Faites-les entrer! Le partage conduira une fois de plus à accomplir un miracle.

Maintenant, je lis attentivement les bulletins des différentes Provinces, surtout celles de l’Europe du Nord, pour voir comment mes frères agissent dans ce domaine, et je constate avec satisfaction qu’à Vienne, ils ont déjà accueilli une famille, qu’au couvent de noviciat de Salzbourg, ils ont accueilli des jeunes syriens, qu’au couvent de Fribourg, en Suisse, ils ont mis à disposition une aile entière de l’immeuble, et ainsi de suite. J’ai aussi lu qu’à tel ou tel endroit il y a des résistances, mais cela ne me fait pas peur. Tout le monde sait qu’ils ne sont pas rares les religieux qui adhèrent à des positions politiques difficilement compatibles avec l’Évangile. De l’Allemagne aussi, des signes positifs nous parviennent. De plus, les frères perçoivent une certaine pression de la part de la population qui s’attend à ce que les religieux soient les premiers à donner le bon exemple en ces temps d’urgence, en mettant à disposition les couvents vides ou en partie abandonnés.

Au mois de février, j’ai visité mes confrères en France, et là, je suis me suis retrouvé dans une situation assez étrange: à Blois, nous étions prêts à mettre à la disposition des réfugiés la structure d’accueil pour les pèlerins, une structure grande et en bon état, mais les autorités nous ont dit qu’elles ne contribueraient d’aucune façon  et que nous devions nous assumer aussi les éventuels risques. En passant dans un petit couvent, où les frères vivent une vie simple et bien insérée dans le tissu citoyen, j’ai vu remettre dans mes mains une enveloppe avec mille euros à utiliser pour quelque projet en faveur des réfugiés. Ce geste m’a rempli de joie car il avait été accompli par une fraternité qui ne roule certes pas sur l’or. Ces gestes de partage sont importants pour pouvoir donner une continuité à des projets comme ceux de Beyrouth, de Malte ou de Mersin en Turquie, où nous accueillons aussi des familles de réfugiés.

J’avais presque honte en vous racontant cela car je me rends compte que c’est peu de chose face à cette énorme urgence et sachant que nous pourrions faire plus. Je suis convaincu que ceux qui se laissent toucher par les souffrances de tant personnes en quête de sécurité et d’un avenir, et qui sont disposés à partager entre eux un espace ou même une simple somme d’argent, y gagneront en humanité et en maturité. Et là où ce sont des fraternités, petites ou grandes, à accomplir ces gestes, elles feront un saut de qualité dans leur vivre ensemble. Il est temps que je m’arrête pour vous laisser la parole afin d’élargir le dialogue et voir ce que nous pouvons faire ensemble, en petits groupes, pour alléger tant de souffrances!

Fra Mauro Jöhri OFMCap

«Ero forestiero e mi avete accolto» (Mt 25,35)

I cappuccini e l’emergenza migranti e rifugiati

 

Guerre e povertà estrema spingono folle immense a lasciare i loro paesi alla ricerca di sicurezza e di una vita dignitosa altrove. Da tempo siamo spettatori di un’emergenza mai più vista in Europa dai tempi dell’ultima guerra mondiale.

Siamo tutti interpellati in modo diretto e perciò abbiamo ritenuto opportuno, anzi urgente, parlarne tra di noi durante questa assemblea USG. Si tratta di scambiare le esperienze fatte e di vedere in che modo possiamo imparare gli uni dagli altri ed eventualmente sostenere qualche progetto comune.

È evidente che siamo in presenza di un fenomeno che ci sorpassa tutti di gran lunga e che sta sfidando i responsabili delle nazioni europee ai massimi livelli. L’opinione pubblica si mobilita in parte a favore come anche contro. Partiti politici di ispirazione xenofoba cercano di trarre profitto da questi frangenti. Si chiudono le frontiere. Si ergono muri invalicabili. La gente viene respinta. Pensate a Idomeni! Somme ingenti sono state sborsate per impedire che il numero di coloro che intendono cercare sicurezza in Europa possano raggiungere la loro meta.

Ciò che sta avvenendo da mesi o da anni ha assunto dimensioni che ci superano in maniera esponenziale. Ci sentiamo pressoché impotenti. Eppure tutto questo ci interpella e siamo chiamati a farvi fronte. Facciamo fatica a comprendere come mai drammi che avvengono nel lontano Afganistan, oppure in Iraq e Siria abbiano a ripercuotersi in maniera così massiccia fino da noi. La stessa cosa può dirsi per chi giunge dal Continente africano. Non si tratta più dell’Albania, del Kosovo o comunque dei Balcani relativamente vicini, ma di persone che provengono da altri continenti, che percorrono migliaia di chilometri per arrivare fino da noi. Il fenomeno della globalizzazione ha assunto anche questo risvolto inaspettato e viene a smuoverci nelle nostre sicurezze e nel nostro benessere.

Da parte mia provo a raccontarvi ciò che ho messo in moto negli ultimi mesi nel mio Ordine in questo ambito per condividerlo con voi. Vi renderete conto che si tratta di poca cosa di fronte all’enormità del fenomeno, eppure credo sia urgente condividere anche il poco pur di suscitare il dialogo e lo scambio sull’argomento. La conoscenza di ciò che fanno gli uni e gli altri può provocare come prima cosa il desiderio di imitare e di raddoppiare gli sforzi. Io mi riprometto in primo luogo che sorgano delle sinergie, delle concertazioni efficaci, iniziative comuni.

La prima cosa che ho fatto lo scorso mese di settembre è stato l’invio di una lettera a tutti i Ministri provinciali e Custodi europei invitandoli ad intervenire ad una conferenza indetta ad hoc a metà ottobre dello stesso anno presso il nostro convento di Frascati. Lo scopo era quello di tentare di dare, per quanto possibile, una risposta adeguata e coordinata ad un’urgenza che andava crescendo di giorno in giorno. Ho affidato l’organizzazione dell’incontro e la sua prosecuzione al Segretariato di Giustizia Pace e Integrità del Creato. Nella lettera invita ai confratelli mi sono espresso in questi termini:

Negli ultimi mesi, quasi quotidianamente, i nostri occhi vedono immagini di disperazione, di morte e ascoltiamo notizie che ci raccontano storie di uomini, donne e bambini che fuggono dai loro paesi d’origine, spinti dalle guerre, dalla povertà, portando nel cuore la speranza di un futuro migliore. Questi fratelli e sorelle si avventurano in viaggi lunghi e pericolosi, diretti principalmente verso i paesi dell’Europa; incontrano pericoli, rifiuto, violenza e morte. Abbiamo ormai perso il conto di quante vite ha inghiottito il mare Mediterraneo nelle traversate di persone partite dall’Africa settentrionale e dalla Turchia.Questi viaggi organizzati da persone senza scrupoli che chiedono cifre di denaro ingenti, sono compiuti a bordo di imbarcazioni vecchie o di gommoni insicuri, normalmente affollati oltre il limite di una ragionevole sicurezza. Abbiamo visto corpi di adulti e bambini galleggiare sull’acqua privi di vita, uomini e donne ferirsi per attraversare barriere di filo spinato, lunghe file di esseri umani camminare su strade europee alla ricerca di lavoro, stabilità e pace. In mezzo a questo esodo drammatico, tante persone tengono accesa la fiamma della speranza della solidarietà. I governanti di diversi Paesi stanno organizzando progetti di accoglienza dignitosa.

Da allora gli eventi hanno preso risvolti molto problematici come l’accordo concluso con la Turchia perché i profughi non abbiano più ad importunare i paesi europei. Nella mia lettera continuavo facendo appello al senso di responsabilità e di compassione che dovrebbe abitarci tutti quanti e tradursi in gesti concreti di solidarietà. A questo scopo ho pure citato le parole pronunciate da Papa Francesco all’appuntamento dell’Angelus di domenica 6 settembre 2015:

Di fronte alla tragedia di decine di migliaia di profughi che fuggono dalla morte per la guerra e per la fame, e sono in cammino verso una speranza di vita, il Vangelo ci chiama, ci chiede di essere “prossimi” dei più piccoli e abbandonati. A dare loro una speranza concreta. Non soltanto dire: “Coraggio , pazienza!” La speranza cristiana è combattiva, con la tenacia di chi va verso una meta sicura. Ogni parrocchia, ogni comunità religiosa, ogni monastero, ogni santuario d’Europa ospiti una famiglia, incominciando dalla mia diocesi di Roma.

Il nostro incontro ha avuto luogo dal 17 al 19 di ottobre 2015 e sono intervenuti complessivamente 35 fratelli provenienti da 17 paesi: da Malta, Italia, Austria, Bulgaria, Spagna, Slovacchia, Polonia, Gran Bretagna, Irlanda, Grecia, Portogallo, Stati Uniti d’America, Libano, Sudan e Eritrea. Oltre agli interventi di alcuni esperti in materia, sono rimasto molto colpito da quanto è stato riferito da alcuni confratelli che da un po’ di tempo in qua si sono mossi per alleviare almeno in parte la grande ondata di sofferenza e questo in alcuni tra i paesi maggiormente colpiti dal fenomeno, come appunto il Libano,Malta, la Grecia e l’Italia.

Fra Abdallah ha riferito che il Libano accoglie 1,2 milioni di rifugiati siriani, che costituiscono il 25% della popolazione del paese. Tutto ciò ha creato un impatto notevole per il paese: problemi economici, penuria di cibo, competizione per accaparrarsi un posto di lavoro e violenza. Con l’appoggio della Curia generale i frati hanno iniziato un progetto che prevede dare un alloggio ad un certo numero di famiglie, garantire la scolarizzazione dei figli e l’assistenza sanitaria richiesta.

Con una popolazione di 450’000 abitanti, Malta accoglie 20’000 tra rifugiati e migranti. In questo senso è il paese con la percentuale più alta di rifugiati di tutta l’Unione Europea. Fr. Philip ci ha parlato del progetto che prevede di sostenere soprattutto i rifugiati eritrei, garantendo loro assistenza spirituale, aiuto materiale e sociale, prevenzione nei confronti dell’alcolismo e del consumo di droghe, opportunità di inserimento in una nuova cultura. Il fratello ci faceva notare inoltre come la crisi dei rifugiati abbia rappresentato per i cappuccini maltesi un’opportunità per vivere come poveri tra i poveri.

Fr. Gabriele che da anni vive in Grecia ha riferito come ogni giorno 4000 rifugiati attraversino il paese: arrivano la notte nel porto vicino al convento nostro e, in seguito vengono caricati su autobus per essere portati altrove durante il giorno. I frati hanno creato un fondo di emergenza per offrire a queste persone di passaggio cibo e cure immediate. In seguito agli accordi presi con la Turchia questa situazione sarà di nuovo cambiata.

Un fratello proveniente dall’Eritrea e che risiede a Milano ci ha parlato dell’Opera San Francesco gestita dai cappuccini e che ora distribuisce quasi 3000 pasti giornalieri a persone in difficoltà, tra loro numerosi sono i migranti in cammino verso i nord dell’Europa. La stessa opera garantisce gratuitamente anche servizi docce, cambio vestiti e soprattutto consulte mediche.

Fr. Gianfranco, il Ministro provinciale di Roma, ci ha raccontato di aver messo a disposizione due conventi e di averlo fatto sempre di comune accordo con le autorità civili preposte a questo tipo di servizi. Ci sono stati momenti, ma questo in seguito, quando le autorità hanno rinunciato a far uso di un nostro convento per evitare una concentrazione troppo grande di migranti in una determinata area a seguito degli attentati del 13 novembre scorso a Parigi. Altre volte delle strutture non sono state prese in considerazione per il fatto che le prese elettriche erano poste in basso e avrebbero potuto rappresentare un pericolo per i bambini.

Ad ogni modo è stato interessantissimo avere questo scambio e sostenerci reciprocamente in questo sforzo umanitario. Dall’incontro è emerso in particolare l’esigenza di prestare l’aiuto nel più grande rispetto della dignità umana di ogni migrante o rifugiato. Ci siamo detti che bisogna sfatare l’idea di coloro che considerano tutto questo grande flusso migratorio alla stregua di una invasione mussulmana. Accanto all’aiuto immediato dovremmo promuovere percorsi e occasioni di incontro tra i locali e gli immigrati, dovremmo promuovere il buon vicinato e promuovere la pace. A tutti è apparso necessario collaborare con gli enti statali incaricati della sistemazione logistica di queste persone in ricerca di sicurezza.

In concreto si è pure insistito sul fatto che vanno identificati e messi a disposizione quei conventi che risultano essere vuoti e sottoccupati. Un’altra proposta invita ad accogliere i rifugiati nelle nostre fraternità e case, facendo notare che vi sono vari modi di accogliere:

  • Uno o più individui che vivono con i frati: soluzione questa molto impegnativa e che esige da parte della singola fraternità che si riservi spazi e tempi per se stessa. I frati, prima di accogliere, debbono essere coinvolti e preparati ad accogliere persone profondamente traumatizzate.
  • Si può mettere a disposizione un’ala o parte della casa, in modo da garantire discrezione sia alla fraternità che alla famiglia di rifugiati che si intende accogliere.
  • Si potrebbe pure rendere agibile o affittare una casa da mettere a disposizione dei rifugiati. Il tutto deve essere fatto in accordo con organismi esperti in materia.

Trascorse alcune settimane dall’incontro mi sono sentito in dovere di scrivere un’altra lettera a tutto l’Ordine per raccontare ai miei frati come continuare ad impegnarci di fronte ad un’emergenza che non tende a cessare. Rifacendomi alla domanda che Gesù rivolge ai discepoli quando gli fanno notare che c’è una grande folla da sfamare, l’ho intitolata; “Quanti pani avete?”. Volevo togliere il vento dalle vele di coloro che prevedevo avrebbero argomentato subito dicendo che noi non siamo né pronti né tanto meno attrezzati per questo tipo di intervento. Invece io credo che ci sono molti modi per rispondere di fronte ad un’emergenza e per questo, attualizzando la domanda di Gesù, ho scritto: Quanti posti e quanti spazi inutilizzati avete? Quanti mezzi e quanto denaro potete mettere a disposizione? E proseguivo così: La nostra risposta non sarà molto diversa da quella dei discepoli: ’Abbiamo un convento vuoto e abbiamo qualche spazio inutilizzato nelle case dove abitiamo attualmente, ma che cosa è questo per un’emergenza così grande? Siamo già coinvolti in tante attività e ora arriva anche questa urgenza da affrontare.’ Gesù avrebbe detto: ‘Fateli sedere! Fateli entrare! La condivisione porterà un’altra volta a compiere un miracolo.

Ora leggo attentamente i bollettini delle varie Province, specialmente di quelle dell’Europa del Nord, per vedere come si stanno muovendo i miei frati in questo ambito e constato con soddisfazione che a Vienna hanno accolto una famiglia, che al convento di noviziato a Salisburgo hanno accolto alcuni giovani siriani, che al Convento di Friburgo in Svizzera hanno messo a disposizione una intera ala dell’immobile e via dicendo. Ho pure letto che qua e là vi sono delle resistenze, ma la cosa non mi spaventa. È risaputo che non pochi religiosi aderiscono a posizioni politiche che solo difficilmente si riesce ad armonizzare con il Vangelo. Anche dalla Germania arrivano segnali positivi. Inoltre i frati avvertono una certa pressione da parte della popolazione che si attende che i religiosi, siano i primi a dare il buon esempio in questi tempi di emergenza e mettano a disposizioni conventi vuoti o in parte abbandonati.

Nel mese di febbraio ho visitato i miei confratelli in Francia e lì mi sono imbattuto in una situazione abbastanza strana: a Blois eravamo disposti a mettere a disposizione dei rifugiati la struttura di accoglienza per i pellegrini, una struttura ampia e in buono stato, ma le autorità ci hanno detto che non vi avrebbero contribuito in alcun modo e che avremmo dovuto assumerci anche tutti i rischi del caso. Passando in un convento piccolino, ma dove i frati vivono una vita semplice e ben inserita nel tessuto cittadino, mi sono visto mettere tra le mani una busta con mille euro da usare per qualche progetto a favore dei rifugiati. Questo gesto mi ha rallegrato perché compiuto da una fraternità che non naviga affatto nell’abbondanza. Questi gesti di condivisione sono importanti per poter dare continuità a progetti come quelli di Beirut, di Malta e di Mersin in Turchia, dove pure accogliamo delle famiglie di rifugiati.

Vi ho raccontato questo e quasi mi vergognavo nel farlo perché mi rendo conto che è ben poca cosa nei confronti di un’emergenza grandissima e sapendo che potremmo fare molto di più. Sono convinto che coloro che si lasciano toccare dalla sofferenza provata da tante persone alla ricerca di sicurezza e futuro e che sono disposte a condividere con loro uno spazio o anche solo una somma di denaro, ne usciranno umanamente più ricche e mature. E dove a compiere questi gesti sono delle fraternità sia piccole che grandi, anch’esse compiranno un salto di qualità nel loro vivere comune. È ora che mi fermi e dia la parola a voi per allargare il dialogo e per vedere cosa possiamo fare insieme per piccoli gruppi per alleviare tanta sofferenza!

 

Fra Mauro Jöhri OFMCap