UNION DES SUPÉRIEURS GÉNÉRAUX

91ème Assemblée semestrielle et générale

Ariccia, Casa del Divin Maestro – 21-23 novembre 2018

LES JEUNES, LA FOI, LE DISCERNEMENT

Repartir ensemble du Synode

Eléments pour une synthèse finale

À l’Angélus du 28 octobre, jour de la clôture du Synode, le pape François a rappelé que « plus que le document, il est important que se diffuse une façon d’être et de travailler ensemble, jeunes et personnes âgées, dans l’écoute et dans le discernement, pour parvenir à des choix pastoraux répondant à la réalité. » Il a ajouté que « avec cette attitude fondamentale d’écoute, nous avons cherché à lire la réalité, à saisir les signes de notre temps. Un discernement communautaire, fait à la lumière de la Parole de Dieu et de l’Esprit Saint. C’est l’un des plus beaux dons que le Seigneur fait à l’Église catholique, celui de rassembler des voix et des visages de milieux les plus variées et ainsi de pouvoir tenter une interprétation qui tienne compte de la richesse et de la complexité des phénomènes, toujours à la lumière de l’Évangile. Ainsi, en ces jours, nous nous sommes confrontés sur la façon de marcher ensemble à travers de nombreux défis, tels que le monde numérique, le phénomène des migrations, le sens du corps et de la sexualité, le drame des guerres et de la violence. Avec cette attitude fondamentale d’écoute, nous avons cherché à lire la réalité, à saisir les signes de notre temps. Un discernement communautaire, fait à la lumière de la Parole de Dieu et de l’Esprit Saint. C’est l’un des plus beaux dons que le Seigneur fait à l’Eglise catholique, celui de rassembler des voix et des visages de milieux les plus variées et ainsi de pouvoir tenter une interprétation qui tienne compte de la richesse et de la complexité des phénomènes, toujours à la lumière de l’Évangile. » Et il a invité à « poursuivre ce que nous avons expérimenté, sans peur, dans la vie ordinaire des communautés. »

C’est dans cet esprit que nous visons, par ces quelques pages, à résumer brièvement ce qui a été vécu et partagé au cours de ces journées, à partir des paroles des supérieurs généraux qui ont participé au Synode comme représentants de l’Union des supérieurs généraux. Leur témoignage nous a tous aidés à pénétrer dans cet événement central du Synode des jeunes, c’est-à-dire l’Assemblée générale qui s’est déroulée du 2 au 28 octobre dernier.

Ce résumé n’a d’autre intention que d’offrir à tous les participants un outil, à usage personnel et communautaire, pour favoriser la réception du Document final. En effet, il est impensable que ces deux journées remplacent la lecture et l’étude personnelle et communautaire du Document final, qui est le premier et le principal outil de travail dont dispose l’Église entière.

Le Document final du Synode résume le chemin de discernement vécu ensemble. Il faut le lire l’approfondir en se laissant entraîner dans une dynamique de discernement où le protagoniste est l’Esprit qui œuvre en chacun d’entre nous. Cela permet de mettre en valeur et harmoniser les différences culturelles et régionales qui doivent être respectées en tant que dons de l’Esprit. En tant qu’USG et en tant que Congrégations ou Instituts, nous sommes appelés à poursuivre sur ce chemin et à donner suite à la dynamique synodale.

En effet, la constitution apostolique Episcopalis communio insiste sur le fait que la synodalité doit être pensée de plus en plus comme une forme ordinaire de l’existence de l’Église et le Synode y est conçu non pas comme un événement isolé et parallèle à la vie de l’Église, mais comme un processus permanent au sein de celle-ci. L’USG – née à partir de l’engagement du père Arrupe, père fondateur dont le procès de canonisation a été entamé – a été créée en 1968 dans le sillage de cette synodalité : penser ensemble, cheminer ensemble, discerner ensemble.

Nous avons eu quatre moments de partage sur quatre thèmes génératifs de l’expérience synodale, qui nous ont donné simplement un « avant-goût » du travail d’approfondissement que nous pouvons faire ensemble, sur les très nombreux sujets traités par l’Assemblée synodale qui mériteraient notre attention.

Chacun a le devoir de poursuivre le chemin. Du point de vue méthodologique, pour un vrai travail d’approfondissement systématique, il est important de garder à l’esprit le rapport entre l’Instrumentum laboris et le Document final, qui est précisé au n° 3 de ce dernier :

Il est important de clarifier le rapport entre l’Instrumentum laboris et le Document final. Le premier est le cadre de référence, unitaire et synthétique, issu de deux ans d’écoute ; le deuxième, fruit du discernement réalisé, recueille l’essence des thèmes générateurs sur lesquels les Pères synodaux se sont penchés avec une intensité et une passion particulières. Nous reconnaissons donc la diversité et la complémentarité de ces deux textes.

  1. LE DISCERNEMENT, UN STYLE D’ÉGLISE
    • Se laisser transformer par l’écoute

Intuitions de base

L’écoute mutuelle, cordiale et empathique est le véritable moyen pour commencer à « marcher ensemble ». Une écoute qui n’est pas seulement une technique ou un élément de méthodologie, mais une expérience spirituelle proprement dite, qui doit être vécue dans la disponibilité à laisser aux interlocuteurs la possibilité de bien s’exprimer, de mettre en valeur ce qui a été dit, en accordant une attention particulière à ceux qui vivent en marge ou qui sont rejetés (même au sein de nos communautés) ; se laisser mettre en question et se convertir, aussi bien dans sa façon d’agir que dans les catégories de la pensée, en renonçant à la volonté de contrôle ; s’engager dans un dialogue, dans une conversation ; reconnaître ce que dit l’Esprit et se laisser conduire par Lui.

C’est la relation avec le Seigneur qui forme à l’écoute : il est nécessaire de laisser de plus en plus de place à l’écoute, personnelle et communautaire, de la Parole de Dieu. L’écoute empathique et non paternaliste transforme la vie en communauté et l’engagement apostolique, en particulier là où il y a des jeunes.

Points critiques et questions

L’engagement à l’écoute concerne principalement les/nous responsables/supérieurs généraux. Les groupes ont soulevé certaines questions : comment et par quels aides/outils/parcours, pouvons-nous concrètement

  • Consacrer à l’écoute le temps nécessaire (et prioritaire) sans nous laisser prendre par les (inévitables) urgences administratives et gestionnaires ?
  • Écouter de manière respectueuse tous, notamment ceux qui se trouvent ou se mettent en marge ?
  • Passer du temps à écouter les jeunes ?
  • Nous former et former des personnes capables d’écouter ?
  • Reconnaître les signes des temps ? Porter un regard de foi et d’espérance théologale sur les données de la réalité, parfois très « crues » (jeunes s’éloignant de l’Église, diminution des vocations, abus) ?
  • Développer un style d’écoute chez les membres, même les plus jeunes, de nos congrégations et instituts ? Chez les sujets de nos activités de jeunesse ? Chez nos collaborateurs laïcs ?

1.2. Synodalité et discernement en commun

Intuitions de base

La synodalité est perçue comme une source de renouveau de la mission et de la vie de l’Église : il s’agit d’accueillir et de discerner l’œuvre du Saint-Esprit, qui nous aide à passer de la cacophonie à la symphonie, de la fragmentation à l’unité, en respectant les différences et en sachant mettre en valeur l’apport de chacun. Les groupes ont perçu que vivre un style de discernement en commun et synodal est un pas en avant, au niveau ecclésial, et qu’il y a beaucoup à faire pour que celui-ci pénètre concrètement dans nos vies, dans nos dynamiques apostoliques et encore plus dans nos structures, pour faire face « ensemble » à de nombreuses questions qui se présentent à nous et qui sont inévitables. Dans quelle direction ?

Cependant, la perspective synodale suscite aussi des craintes et des résistances : nous devons être conscients des risques liés à son usage « mondain » : la chute dans une sorte de « démocratisme » qui ne prévoit pas de discernement spirituel sérieux, mais qui procède sur la base de majorités numériques ; ou qui risque de servir de prétexte pour ne pas assumer ses responsabilités et ne pas prendre de décisions au niveau local, provincial ou général (pensez à des décisions « impopulaires », telles que la réduction de présences ou d’œuvres, la fusion des circonscriptions, etc. ).

Tout d’abord, il est important de comprendre de quoi il s’agit, ce qui nécessite un approfondissement ultérieur. Certaines idées issues des groupes doivent être prises en compte :

  • Vécue dans une perspective de vie ecclésiale et de vie religieuse, la synodalité aide à lutter contre le cléricalisme et les abus de pouvoir, et à rejeter les tentations d’aplatissement démocratique ou de dénaturation de l’obéissance.
  • La synodalité est missionnaire : elle ne devrait pas être vécue comme une pratique « auto-référentielle », qui ne concernerait que le « cheminer ensemble » de l’Église, mais qui concerne aussi le « cheminer ensemble » de l’Église dans le monde. Ce qui veut dire, par rapport aux jeunes, marcher avec eux là où ils se trouvent.
  • C’est une occasion de témoignage évangélique de la part des aînés
  • La question fondamentale du discernement ecclésial n’est pas seulement ou principalement « ce que nous devons faire » mais « ce que nous devons être ». L’Église est le discernement que Dieu nous offre pour faire face aux défis des jeunes.
  • La collaboration avec les laïcs est de plus en plus centrale en ce moment de la vie de l’Église et de la vie consacrée

Points critiques et questions

En tant que supérieurs généraux, nous sommes appelés à comprendre ce que signifie discernement en termes de style de vie, de congrégation, d’Église et comment exercer le service de l’autorité selon une dynamique synodale. Cela nous invite à

  • Ne pas oublier que le discernement est une expérience spirituelle et qu’il est enraciné dans la prière : c’est dans celle-ci que nous recevons la clarté et la liberté nécessaires pour prendre nos décisions, en tant que supérieurs généraux.
  • Contempler la manière dont Jésus lui-même exerce son autorité (cf. Document final n ° 71) : Jésus fait grandir celui qu’il accompagne
  • Redécouvrir l’importance du temps : nous comprenons progressivement l’importance de la disponibilité, de la patience et de la miséricorde pour faire avancer et accompagner les processus synodaux, sans imposer de solutions préfabriquées.
  • Découvrir des parcours décisionnels non « autoritaristes » mais « faisant autorité », dans le cadre du mode de vie religieuse et d’obéissance proposé par chaque charisme.
  • La communication par les responsables et les processus partagés présentent des difficultés particulières quand une ou plusieurs parties ont des idées préconçues. Chercher des moyens de surmonter les blocages.
  • Chercher des moyens de maximiser la participation et de promouvoir une culture de la coresponsabilité au sein de nos congrégations et de l’Église.
  • Chercher des moyens concrets de gérer l’interculturalité et le dialogue intergénérationnel dans nos communautés et dans nos activités apostoliques. Comment témoigner de la possibilité de construire ensemble dans un monde de divisions ?
  • Promouvoir concrètement des expériences de discernement en commun dans nos congrégations, à tous les niveaux.
  • Répondre aux perspectives « traditionalistes » de certains jeunes vis-à-vis des rôles d’autorité. Accueillir le désir d’avoir des points de repère sans abuser de leur confiance et de leur disponibilité
  • Réfléchir aussi sur les conséquences de la synodalité dans les relations avec les autorités ecclésiastiques
  • Comprendre comment les mutations anthropologiques du monde numérique influent sur notre façon de vivre la synodalité. Ce n’est plus un « moyen », un « outil », mais un « milieu » de vie qui modifie la façon d’interagir, d’établir des relations, de se comprendre ; il offre la possibilité de relations, de rencontres à distance même entre différentes cultures, d’inclusion ; mais il comporte aussi des dynamiques d’autoréférentialité et de repliement sur soi. En cela, les jeunes peuvent aider et être des protagonistes

La synodalité semble remettre en question en particulier la manière dont les décisions sont prises, surtout aux chapitres ou à des occasions similaires, selon la culture organisationnelle qui découle de chaque charisme. Pour cela, il faut

  • Définir la responsabilité, la participation et l’obéissance au sein de chacune de nos congrégations ou de nos instituts, sans oublier que les structures ou habitudes issues de ces charismes doivent parfois être converties.
  • Approfondir la relation avec les laïcs. Souvent nos décisions les concernent, mais tout aussi souvent, ils ne participent pas à ces processus décisionnels, ils les subissent. D’autre part, il n’est pas facile de trouver les moyens appropriés pour les faire participer.
  • Développer des parcours de formation de supérieurs et formateurs à la synodalité

Quelques propositions

  • Avant d’entrer dans le débat ou dans les propositions, il faut approfondir la question de la synodalité dans le Document final, en le confrontant avec des textes importants en la matière, par exemple, ceux de la Commission théologique internationale (La synodalité dans la vie et dans la mission de l’Église du 2 mars 2018) et du magistère du pape François …
  • Ne pas compter uniquement sur la bonne volonté et se laisser aider par ceux qui ont de l’expérience de formation dans le domaine du discernement communautaire
  • Rendre disponibles plus d’études sur les différents modèles d’exercice de l’autorité/responsabilité et les partager par l’intermédiaire de l’USG
  • Relire et proposer à nouveau le document final à partir de son propre charisme
  • Faire participer les jeunes aux processus décisionnels et dans les lieux où les décisions sont prises, comme les chapitres ou autres structures/commissions de gouvernement
  1. accompagnEMENT ÉducatiF ET ANNONCE DE L’ÉVANGILE
    • L’accompagnement comme forme d’Évangile

L’accompagnement est un élément clé de la spiritualité, c’est un signe clair de la spiritualité que nous vivons et proclamons en tant que religieux, et il est en étroite relation avec notre mission d’annoncer l’Évangile. Tous les charismes ont une dimension d’accompagnement qui doit être approfondie. Voici quelques éléments concernant les religieux que nous voulons souligner : offrir un témoignage crédible,  partager son temps et sa vie avec les personnes, notamment les jeunes, annoncer la foi dans la simplicité, se rendre présents, aller vers les personnes, les visiter, les mettre en valeur.

L’accompagnement n’est pas une technique, mais une attitude de vie spirituelle qui pousse à sortir, à aller vers les périphéries, parfois même dans la mauvaise direction. En ce qui concerne le rapport entre accompagnement et annonce, l’histoire des disciples d’Emmaüs est une source d’inspiration particulière : le Seigneur fait concrètement le chemin avec eux, en allant dans la direction opposée à Jérusalem, il les écoute, les appelle et se laisse appeler, il ouvre à la liberté de choisir de revenir à Jérusalem pour rendre témoignage d’une rencontre. La façon d’exercer l’autorité du pape François nous offre un témoignage de cela, grâce à son style marqué par la proximité aux personnes et en même temps par la prophétie.

La dynamique de l’accompagnement, comprise au sens de « briser ensemble le pain »  (cf. Document final n. 92), est extrêmement importante pour comprendre que l’accompagnement n’est pas un simple préliminaire de l’annonce, mais le style de l’annonce en tant que telle : en ce sens, méthode (accompagnement) et vérité (de l’Évangile) ne font qu’un et n’apparaissent ni distinctes ni confondues.

Pour articuler l’accompagnement et l’annonce aujourd’hui, 

  • Il faut que nous soyons Église et que nous cheminions en tant que communauté ; il ne s’agit pas d’un engagement individuel, alors que notre vie religieuse est elle aussi affectée par le virus de l’individualisme et de l’autosuffisance, qui affaiblit le témoignage
  • Il serait bon de le faire dans une perspective de réciprocité, une Église qui accompagne et, en même temps, qui se laisse accompagner ; comme l’Église qui annonce et, en même temps, qui reçoit une parole nouvelle et qui découvre de nouvelles dimensions de l’Évangile. L’accompagnement et l’annonce sont des façons d’être Église en dialogue et en conversation. La question se pose alors de savoir quels sont « les cinq pains et deux poissons » (Jn  6, 1-15) que les jeunes peuvent recevoir et qu’on peut remettre dans les mains de Jésus pour les faire fructifier ?
  • Difficultés et questions

Sur l’accompagnement

  • Beaucoup sont disponibles à accompagner mais peu à être accompagnés : se faire accompagner est beaucoup plus difficile, cela demande beaucoup plus de disponibilité à se mettre en jeu.
  • La communauté est le premier sujet de l’accompagnement, comme il est écrit dans le Document final au n. 92. Toutefois, en appliquant cette définition à nos communautés religieuses, nous nous rendons compte de leur pauvreté et souvent de leur incapacité à accompagner
  • S’il est vrai que la prière, la fraternité et le service aux pauvres sont les expériences qui facilitent le discernement vocationnel, nous nous demandons jusqu’à quel point nos communautés sont en mesure d’offrir à un jeune ce type d’expériences.
  • Nous veillons à ce que l’accompagnement ne soit pas réservé juste à un petit nombre, à une élite
  • Il est important de sortir de la perspective d’un accompagnement qui viserait à « recruter » : Jésus appelle à la liberté et à la responsabilité. C’est pourquoi il est important de contempler sa façon de rencontrer les jeunes et de les appeler
  • Comment accompagnons-nous et formons-nous vraiment les jeunes à assumer les responsabilités sociales et politiques, afin qu’ils exercent leur vocation prophétique dans la société ? Comment accompagner leur entrée dans le monde du travail ?
  • Il est important que l’accompagnateur soit à son tour accompagné

Sur les institutions éducatives

  • Beaucoup de nos congrégations sont engagées dans le domaine de l’éducation : dans quelle mesure nos itinéraires de formation sont-ils féconds ? Et les parcours catéchistes de préparation des sacrements : comment structurent-ils et promeuvent-ils une vie chrétienne adulte ? La fécondité ne peut être mesurée uniquement en fonction de la pratique (nombre de personnes dans nos églises, dans nos écoles) parce qu’il peut y avoir d’autres expressions
  • Nos institutions éducatives sont-elles vraiment des écoles pour disciples ? Sont-elles vraiment des communautés de formation ?
  • Pourquoi les institutions éducatives suscitent-elles peu de vocations pour nos congrégations ?
  • Nos programmes de pastorale (du moins aux États-Unis) se concentrent sur des jeunes disponibles mais qui parfois éloignent les jeunes de leur âge. Quelle formation nous leur offrons pour écouter et accompagner d’autres jeunes qui se trouvent en marge de l’Église institutionnelle ?
  • Comment créer de façon créative des structures d’accompagnement et des espaces de pastorale ouverts ? Comment rendre les jeunes protagonistes de cela ?
  • S’engager dans les écoles veut dire aussi accompagner les familles. Comment le faisons-nous ?

Formation et accompagnement

  • La formation à un vrai accompagnement doit être partie intégrante de notre processus de formation dans nos maisons de formation
  • La présence de jeunes laïques dans nos équipes de formation est très importante pour changer les attitudes.
  • Il faut une formation sérieuse sur le thème de l’accompagnement. De quel genre de formation permanente ont besoin nos responsables, et nous aussi en tant que supérieurs généraux ? Et les formateurs et les directeurs spirituels ?
  • Comment assurer dans les communautés une formation permanente adéquate et un accompagnement. Non seulement chez les jeunes religieux adultes, mais chez tous les membres
  • Comment développer des chemins de formation des consciences, l’intériorité la plus profonde de chacun, où la personne fait l’expérience de sa propre liberté, de la responsabilité qui s’ensuit et aussi de la Transcendance qui l’habite ?
  • Comment mettre en pratique les remarques du Document final du Synode et proposer une formation conjointe entre religieux et laïcs, en particulier en ce qui concerne l’exercice de l’autorité et l’accompagnement ?
  • Quelles devraient être les priorités fondamentales d’une équipe générale dans sa mission d’accompagnement ? Comment l’équipe générale devrait-elle être accompagnée ?
  • Comment la rencontre avec les jeunes « convertit-elle » nos modalités d’accompagnement ?
  • En quoi nos communautés sont appelées à se convertir pour être disponibles et préparées à accueillir et accompagner nos jeunes (communautés de formation) ?
  1. La viE COMME vocaTION ET LES diverseS vocaTIONS

Il est nécessaire d’étudier et d’approfondir le thème des vocations, qui a été abordé depuis le début du chemin synodal et traité sous plusieurs points de vue. Il a été jugé central, générateur, décisif, transversal. Il comporte plusieurs sujets et destinataires, des événements et des processus, un accompagnement et un discernement. Il a besoin de la conversion du cœur, de l’esprit et des mains.

Le thème des vocations est enchevêtré mais non pas compliqué, intégral mais à intégrer, décisif mais pas encore incisif. Généralement, dans l’imaginaire ecclésial, il est pensé et vécu dans une optique fortement « recrutative » et peu « génératrice ». C’est un polyèdre avec de nombreuses facettes, voici les plus importantes :

  • Dimension créative : la vie comme vocation qui concerne tous et tout
  • Dimension baptismale : la plate-forme de base, qui appelle tous à la sainteté
  • Dimension christologique : l’attrait de Jésus et la dynamique de l’amitié avec le Christ, qui aime et qui appelle
  • Dimension ecclésiale : le discernement sur la vocation et la mission de l’Église aujourd’hui
  • Dimension symphonique : les diverses vocations qui ne montrent qu’ensemble ce polyèdre symphonique qui doit être notre référence, dans la logique d’un corps ayant beaucoup de membres interdépendants
  • Dimension pastorale : la culture vocationnelle, l’animation vocationnelle de toute la pastorale
  • Dimension pédagogique : l’accompagnement vocationnel de milieu, de groupe et personnel
  • Dimension spirituelle : le discernement vocationnel comme chemin dans l’Esprit du Seigneur

 

  • Intuitions

Une conviction s’est fait jour : c’est dans la vocation de l’Église que toutes les vocations spécifiques prennent forme. Pendant l’Assemblée synodale, les jeunes ont aidé l’Église à prendre conscience de sa vocation maternelle. Les jeunes et l’Église s’accompagnent réciproquement : l’enfant enseigne aux parents à devenir parents, c’est à travers la présence, la parole et les fragilités de l’enfant que les parents apprennent la parentalité !

Cette Église est appelée à être synodale et solidaire du monde : la synodalité au sens de mystique et prophétie de communion est le mode/signe d’être de l’Église dans le monde. Or, il est impossible d’être avec le monde sans être blessé par ce qui blesse le monde et sans se réjouir de ce dont se réjouit le monde : la fragilité est un élément commun entre la condition de l’Église dans son ensemble et la condition des jeunes. Cette base commune et partagée peut être le point de départ pour converser.

La vie consacrée s’appuie de façon tout à fait particulière sur l’attrait de Jésus (cf. Document final n. 50 et n. 81). Elle est définie au n. 88 du Document final en ces termes « témoignage joyeux de la gratuité de l’amour » et trouve dans la vie contemplative (et féminine) un point de repère important qui ne doit pas être mis au second plan. Certes, la dimension contemplative de la vie consacrée – qui s’appuie sur la valeur du silence, sur la beauté de la liturgie et sur la puissance de la prière – fascine les jeunes immergés dans un monde bruyant et médiatique.

  • Points critiques

Le terme « vocation » a certainement une mauvaise réputation parmi les jeunes ; or, il ne faut pas l’abandonner, mais le racheter.

Ce qui est essentiel, c’est se sentir aimé par Dieu, car si on n’a pas eu cette expérience, tout devient un problème :

  • Vocation : nous nous exposons à l’amour de la radicalité, à la pénétration progressive du Saint-Esprit en nous (Rom 5, 5). Un chemin pour vaincre les résistances venant de plusieurs parts
  • L’amour se réalise de façon pascale : la personne se consume, celui qui aime brûle : Jésus sur la croix dit : tu es plus important que moi, je suis prêt à donner ma vie pour toi

Il existe de très grandes différences entre les Églises : ouvertes ou fermées, plus missionnaires ou plus conservatrices, gestionnaires ou bureaucratiques, marquées par des scandales, avec peu d’espoir ou un grand enthousiasme, avec beaucoup de jeunes ou très peu de jeunes. Au Synode, les diversités culturelles et contextuelles ont beaucoup résonné, un peu moins les différentes sensibilités ecclésiales.

Quant à la compréhension de la synodalité, des risques ont été signalés : ne pas tenir compte des différents modes de synodalité déjà existants (pensons aux différentes traditions de nos instituts), oublier des questions importantes sur la réciprocité des vocations dans l’Église, considérez la synodalité comme une dérive démocratique …

Aujourd’hui, notamment dans les sociétés sécularisées, le défi de transmettre la foi est de taille. Les jeunes du nord du monde vivent dans l’indifférence et l’éloignement de Dieu, qui est insignifiant pour eux. Parfois, nous proposons un déisme éthique et thérapeutique : une proposition sans odeur, sans couleur, sans goût, à la recherche d’un bien-être psychophysique et d’un bonheur mondain. Il faut une pédagogie prophétique qui interpelle, une proposition cinglante et provocatrice qui change la donne : ce n’est qu’ainsi que la sécularisation peut être une occasion d’éveiller la foi et la liberté, offrant une vie et une proposition convaincante aux jeunes. En effet, la dynamique vocationnelle répond à la question de savoir comment nourrir la liberté.

Pour la vie consacrée, la relation entre charisme et fonction est déterminante : il est important de savoir distinguer et intégrer les deux dynamiques, sachant que la vie consacrée est le signe de la gratuité de l’amour. La question se pose alors : comment s’affranchir d’un « fonctionnalisme » qui nous empêche de revenir à la source de la générosité et de la gratuité ? Il est nécessaire de présenter le charisme pour sa valeur essentielle, qui n’est jamais fonctionnelle, mais qui marque une primauté de l’amour. Parfois, nous nous demandons si nous faisons toujours confiance au pouvoir transformateur de l’Évangile.

Le phénomène des religieux qui abandonnent la vie religieuse pour la vie diocésaine a été mentionné au cours du débat. Que s’est-il passé dans leur parcours et quelle formation avons-nous donnée ? La question devient forte : peut-on être religieux sans avoir une « fonction », c’est-à-dire sous une forme gratuite et désintéressée ? Ce sont des questions très importantes, surtout là où la polarisation cléricale est forte. Certains endroits vivent une certaine « diocésanisation » de la vie consacrée des hommes, où la carrière, le pouvoir, la recherche du prestige jouent parfois un rôle décisif.

3.3. Idées pour l’action

Sur quoi doit-on compter pour renforcer la pastorale des vocations ?

  • Une présentation enthousiasmante de notre vocation, comme plénitude de la vie dans l’amour
  • Le lien fort entre accompagnement communautaire et accompagnement personnel est au cœur de ce parcours
  • Le témoignage de l’essentialité est fort pour l’appel vocationnel
  • Le thème de la communauté de foi, une famille dont doivent faire partie les jeunes
  • L’accompagnement comme condition du discernement

Comment créer une culture vocationnelle : par où commencer ?

  • La pastorale des vocations, c’est aller dans ce lieu de l’être humain où il cherche la vérité.
  • Prendre au sérieux la recherche de la vérité des jeunes
  • Atteindre chaque personne dans sa capacité métaphysique à croire en la vérité
  • La pastorale des vocations doit avoir comment point de départ et d’arrivée la vérité de la vie
  • Même par une première annonce forte et claire
  • À travers des expériences de type catéchuménal

Avons-nous le courage d’essayer quelque chose de nouveau ?

  • Parfois, il y a un mur devant le désir de faire quelque chose de différent
  • Mais, pour parler en termes clairs, qu’avons-nous à perdre ?
  • Parfois nous sommes contradictoires : nous savons que ça ne va pas, mais on se contente
  • Nous sommes appelés, comme nos fondateurs, à tenter l’impossible

Deux propositions « institutionnelles » :

  • Plus de rapprochement entre l’USG et la Congrégation pour les religieux : ces dernières années, elles n’ont pas été très proches
  • Plus de collaboration et de partage avec la vie consacrée féminine, qui représente numériquement la majorité des personnes consacrées
  1. UN ÉGLISE POUR ET AVEC LES JEUNES

Le Document final du Synode contient de nombreuses indications sur ce thème.

Tout le quatrième chapitre de la première partie insiste (n. 45-57) sur certains traits des jeunes d’aujourd’hui, où la volonté d’être protagoniste et de faire partie de la vie de l’Église est évidente.

L’image de Jean et de Pierre au n. 66 est très forte et dit que les jeunes anticipent les pasteurs et ouvrent de nouvelles voies.

L’image de la Madeleine au n. 115 est enthousiasmante du fait que les jeunes sont appelés à apporter la première annonce aux bergers !

Certains paragraphes centraux du premier chapitre de la troisième partie sont décisifs en ce qui concerne la mise en place de l’ensemble du document sur le protagonisme, la présence des jeunes dans une Église prenant au sérieux la synodalité (voir n. 116, 118, 119-124), ainsi que d’autres chiffres intéressants d’intérêt certain (137, 160-161).

4.1. Nouveautés

Le passage de « faire pour les jeunes » à « faire avec les jeunes » a touché un grand nombre. C’est le thème de la synodalité missionnaire. Ce point a été soulevé à plusieurs reprises au Synode.

Nous devons être convaincus que les jeunes sont ici et maintenant : ils sont le présent du monde et de l’Église : « Les jeunes sont au cœur de l’Église et au cœur de Dieu » (n. 117). L’histoire d’Emmaüs montre comment Jésus entre dans la nuit de notre vie sans craindre de se perdre.

Le Synode a été un grand appel à regarder, à contempler et à se retrouver parmi les jeunes d’une manière différente. L’appel à les considérer comme un « lieu théologique » était fort, c’est-à-dire une réalité à partir de laquelle commencent les appels authentiques de Dieu pour son Église. Le Synode a été  une expérience de communion et de sympathie, et nous a invités à regarder les générations plus jeunes sous un autre angle : ne pas endoctriner, enseigner, être des maîtres, mais plutôt marcher avec les jeunes, partager nos efforts, partager nos joies. Ce n’est pas un slogan : un changement d’attitude réel !

Il est nécessaire de s’attarder sur le positif dans l’Église : le Synode a voulu faire cela, sans cacher les points critiques : dans la réalité des faits, la comparaison entre le bien fait et le mal que l’on fait est énorme. Le bien que nous faisons est tellement important et passe sous silence.

4.2. Points critiques

Au sein de nos congrégations, les « alliances intergénérationnelles » ne fonctionnent pas toujours. Comment nous accompagner dans notre vie ? Quelles sont les modalités relationnelles les plus adéquates ? Il est cependant évident que c’est un accompagnement de la communauté et au sein de la communauté.

Avec tous ces thèmes qui défilent, quelqu’un voit le risque de se perdre: la famille, les jeunes, etc. Cela dépend de comment nous les affrontons : nous devons entrer dans une perspective systémique, où la famille et les jeunes sont deux sujets fragiles qui doivent être accompagnés ensemble. D’un point de vue concret, Evangelii gaudium est au cœur du pontificat de François, c’est comme un « soleil » autour duquel se trouvent diverses planètes (Laudato si’, Amoris laetitia, le Synode des jeunes, etc.).

Le lien entre la formation et la mission est un point critique qu’il faut résoudre. Pour les jeunes d’aujourd’hui et de demain, la formation de la personne consacrée est décisive. Nous sommes préoccupés par le profil de la personne consacrée, parce que les jeunes générations qui entrent dans la vie consacrée ont parfois des problèmes qu’il faut affronter : le cléricalisme dangereux, la recherche du pouvoir, l’incapacité à partager la mission, l’incapacité de proximité réelle, l’errance spirituelle, le carriérisme. Nous devons repenser le profil de la personne consacrée avec courage aujourd’hui.

4.3. Idées pour l’action

La vie consacrée est appelée à jouer un rôle prophétique pour le monde dans tous les types d’abus et de vulnérabilité :

  • Ceux qui ont reçu moins de la vie et ceux qui sont marqués par la souffrance devraient trouver un foyer dans le service de la vie consacrée
  • Pensons aux jeunes migrants, dont on a tant parlé au Synode
  • Le Synode nous demande de choisir les plus pauvres et les derniers
  • C’est la principale prophétie dans un monde qui tend à être dominé par une « culture du rebut » dans la gestion des choses et de la planète et qui, en traitant ainsi les personnes, devient facilement une « culture de l’abus »

Le n. 161 du Document final nous interpelle, en tant que personnes consacrées, à offrir une expérience de fraternité, de service et de spiritualité qui soit de qualité :

  • Il faut que la vie consacrée fasse des propositions pilotes en ce sens, pour former des adultes à la foi.
  • Si nous ne faisons rien, l’Église dans son ensemble aura du mal à se mettre en branle
  • Nous pouvons être une force créatrice et prophétique en ce sens
  • L’« année sabbatique » est déjà importante dans de nombreux contextes : que proposons-nous?

Le lien entre le service et le discernement a été bien précisé, aussi bien dans la phase préparatoire qu’à l’assemblée synodale :

  • Le bénévolat, sous maintes formes, est devenu une partie intégrante de la culture des jeunes : comment nous y insérons-nous ?
  • Il existe des expériences de bénévolat international : nous avons des instituts mondiaux, que faisons-nous ? Ici aussi, il faut être créatif et innovateur : les jeunes sont disponibles
  • L’idée que les jeunes sont les plus efficaces à évangéliser les autres jeunes a été exprimée à plusieurs reprises au Synode

Père Giacomo Costa sj

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Don Rossano Sala sdb

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